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  • /index.php/fr/component/allevents/display/event/default/72-le-film-toni-erdmann-projete-a-acigne?Itemid=470"Toni Erdmann" projeté à Acigné (13-12-2018)

Souvenirs

Emotions au fil du temps

36 ans séparent mes souvenirs de lycéen, hébergé chez un agriculteur allemand, et mes émotions vécues à Compiègne dans le cadre du jumelage Acigné-Wachtendonk. Le temps n'a rien effacé.

C'était en juin 1968, peu de temps après les événements qui agitèrent la France. Mon lycée, jumelé avec le collège Augustinianum Gaesdonck, près de Goch, organisait des séjours pour perfectionner notre connaissance de la langue allemande. J'étais hébergé chez un couple d'agriculteurs et ses deux grands enfants, tout près de la frontière avec les Pays-Bas, à une trentaine de kilomètres de Wachtendonk, dont j'ignorais alors l'existence. L'homme, assez âgé, avait participé au dernier conflit mondial. Pour dire vrai, il était apparu « vieux » à mes yeux d'adolescent.

Un matin, dans la cuisine de la ferme de Slavanien, il se tourna vers moi et prononça quatre mots qui sont restés gravés dans ma mémoire. « Nie wieder, der Krieg ». « Plus jamais la guerre ». L'homme n'était pas bavard mais il m'avait transmis son message de paix.

C'était fin janvier 2004 dans les frimas de Compiègne. Les comités de jumelage d'Acigné et de Wachtendonk y préparaient la réception des Allemands au mois de mai en Bretagne. Le dimanche matin, la rencontre prit une étoffe particulière lorsque nous nous retrouvâmes dans la forêt de Rethondes. Près de la réplique du wagon où fut signée l'armistice de la première guerre mondiale, Maria faisait défiler les diapos montrant les traces destructrices du conflit. L'oeil collé à l'objectif, elle laissa échapper un « Mein Gott » quand elle découvrit, très émue, les ruines d'une église bombardée. Je me trouvais à ses côtés et c'est ensemble que nous avons poursuivi la visite du Musée.

Plus tard, nous avons rejoint le reste du groupe pour une photo dont chacun mesurait la dimension symbolique près de cette carrière chargée d'histoire.

 

C'était le 4 septembre 2013. Mes yeux se mouillèrent lorsque j'entendis la voix tremblotante d'un vieil homme de 89 ans évoquer le massacre d'Oradour-sur-Glane sur les ondes de RTL. Marcel Darthout, l'un des six rescapés du village-martyr du Limousin, parlait de la disparition de sa femme et de sa fille et des atrocités commises par les SS, il y a 69 ans. Il admettait et comprenait pourtant la première visite officielle d'un dirigeant allemand sur les lieux de la barbarie nazie. « Bravo, merci, enfin ! Merci d'être là. Cela dit tout. »

Oui, tous ces souvenirs personnels, ces symboles collectifs disent tout. Puisés au fil du temps, ils se multiplient pour donner tout leur sens aux jumelages entre les deux pays et rejoindre les chemins de la Grande Histoire.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                         Jean-Luc